Le mois de décembre 2007, dans une interview au journal Alwatwan, j’ai déclaré que le sous-développement des Comores n’est pas une fatalité. Il suffit que les Comoriens et leurs leaders surpassent leurs conflits internes, entretiennent une culture de dialogue, renforcent la cohésion sociale et nationale, développent et partagent une vision commune de leur avenir. Ces préalables permettront le pays d’engager le chemin du développement durable, à travers les OMD, qui seul conduira ce bel archipel au paradis terrestre tant recherché par son peuple.
Depuis, les Comores ont traversé une période turbulente, marquée par un conflit politique aigu et le débarquement militaire sur l’ile d’Anjouan. Dieu merci, cet événement n’a pas conduit à une crise humanitaire ou d’autres conséquences catastrophiques telles que l’on aurait pu craindre. Au contraire, le pays a su maintenir son unité nationale et une sérénité sociale admirable. L’élection, dans des conditions acceptables, d’un nouveau Président à Anjouan et le statut de pays post-conflit offrent des opportunités de relèvement rapide. Néanmoins, le pays n’a pas encore définitivement franchi la barre. Les difficultés socio-économiques que connaît le pays suite à la crise alimentaire globale et la pénurie persistante des produits pétroliers témoignent de cette réalité.
Lors de la retraite de l’équipe pays élargie du système des Nations Unies (SNU) aux Comores, tenue en février dernier à l’l’Hôtel le Moroni, j’ai demandé au forum de faire un bilan de la mise en œuvre des engagements contenus dans la déclaration issue de la retraite de Galawa en mai 2007. A travers la Déclaration de Galawa, le SNU lançait quatre projets phares, initiatives de grande envergure conçues pour aider les Comores à faire face à des grands défis qui les affrontent. Il s’agit du colloque sur le Karthala, le projet Cohésion sociale, ComoresInfo, et l’Ile du Millénnaire de Mohéli. Je suis heureux de constater que tous ces dossiers ont connu des avancements réels. Le colloque, si attendu, sur le Karthala, baptisé « Le Karthala –Maîtrise et Valorisation » aura lieu du 20 au 22 novembre prochain.
La retraite de Le Moroni coïncidait aussi avec le lancement du nouvel UNDAF2008-2012. Ainsi, c’était l’occasion de réfléchir ensemble sur les moyens les plus efficaces de sa mise en œuvre, y compris à travers des projets conjoints. L’année 2008, représentant la médiane dans la mise en œuvre des OMD, nous nous sommes aussi penchés sur l’évaluation à mi-parcours et d’autres mesures d’accompagnements nécessaires. A Le Moroni, j’ai insisté sur la cohésion de l’équipe-pays et la nécessité de tous, y compris les agences non résidentes, d’agir en cohérence, guidés par l’esprit de « One UN ».
Au moment où nous tenions la retraite de Le Moroni, le Gouvernement comorien, se préparait, avec l’appui des pays amis, à mettre fin au régime « rebelle » d’Anjouan. C’était l’apogée d’une crise politique qui sévissait depuis le début de 2007. La possibilité d’un conflit armé conduisait l’équipe-pays, mieux lotie pour le développement, dans une zone inconnue. Du coup, nous nous sommes trouvés dans une phase de préparation à une crise humanitaire éventuelle. Avec l’appui d’OCHA, BCPR, le PAM, UNCHR et autres agences humanitaires nous avons réussi le pari. Après le débarquement, l’allocation des fonds CERF et de redressement précoce (« early recovery ») par OCHA et BCPR a aidé l’équipe-pays à répondre rapidement aux besoins humanitaires les plus urgents et à nous engager dans un processus d’appui au relèvement post-crise.
La résolution du conflit d’Anjouan à posé de nouveaux défis à l’équipe-pays ; mais elle a amené en même temps des opportunités. La crise est venue se greffer sur un UNDAF à peine lancé. Elle nous a imposé une appréciation accrue de la souplesse nécessaire dans l’action onusienne. La gestion de la crise humanitaire a entrouvert les yeux des collègues, accoutumés à l’innocence du monde de développement, sur tout un autre monde, celui de la communauté humanitaire internationale, peuplé d’acteurs (onusiens et non-onusiens) divers, agissant en cohérence et avec efficacité afin de sauver des vies et minimiser la souffrance des populations sinistrées. Nous avons appris et apprécié tout un nouveau langage – « clusters », « ERC », « early recovery »… Vraiment, une expérience à savourer avec le recul du temps.
Je tiens à exprimer mon appréciation à tous les collègues de l’équipe-pays, qui ont affronté ces challenges avec sérieux et sérénité et qui, par la suite, ont su capitalisé ces nouvelles leçons et expériences pour aborder de nouveaux programmes post-crise et post-conflit. L’accession des Comores au fonds de consolidation de la paix (PBF) et les diverses initiatives post-conflit en cours de développement en sont les témoins. Le premier semestre de cette année mouvementée déjà passée, nous pouvons nous réjouir et nous féliciter de la contribution et l’accompagnement de notre équipe durant un passage dur et turbulent du pays.
A la fin de l’interview sus-cité j’ai émis le souhait que les Comores puissent développer leur propre vision de son avenir, à l’instar de tant de pays de la région. Le SNU, dans la limite de son mandat et ces moyens, accompagnerait le pays dans une telle entreprise. Aujourd’hui, après la mini-retraite tenue a Moheli en aout, nous abordons un autre grand chantier, le développement d’un plan de passage nous menant vers « One UN » à l’horizon janvier 2010. C’est une décision tout à fait logique vu notre expérience réussie de traverser ensemble un passage des plus éprouvants. La marche vers « One UN » sera entreprise ensemble avec le peuple Comorien, car cette aventure leur appartient en premier lieu. Alors, que ce voyage commence!
Opia Mensah Kumah
Coordonnateur Résident des activités opérationnelles
du Système des Nations Unies en Union des Comores.